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Le gardien du seuil, Rudolf Steiner

 
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Mireillelabeille


Hors ligne

Inscrit le: 07 Déc 2013
Messages: 218
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MessagePosté le: Ven 4 Avr - 10:19 (2014)    Sujet du message: Le gardien du seuil, Rudolf Steiner Répondre en citant

http://www.elishean.fr/?p=30837

je souhaite copier-coller le texte mais je n'ai pas la technologie suffisante...

_________________
"Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et Lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu."


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MessagePosté le: Ven 4 Avr - 10:19 (2014)    Sujet du message: Publicité

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chantal


Hors ligne

Inscrit le: 28 Oct 2013
Messages: 611
Localisation: près d'Avignon

MessagePosté le: Ven 4 Avr - 10:21 (2014)    Sujet du message: Le gardien du seuil, Rudolf Steiner Répondre en citant

L’InitiationLE GARDIEN DU SEUIL
Les rencontres avec le gardien du seuil sont des expériences de grande importance qui accompagnent l’ascension dans les mondes supérieurs. En réalité, il n’y a pas un seul gardien, mais exactement deux : l’un qui est le « petit », l’autre le « grand » gardien du seuil. On rencontre le premier lorsque les liens qui unissent entre elles la volonté, la pensée et le sentiment dans les corps subtils (astral et éthérique) commencent à se séparer, ainsi qu’on l’a décrit au chapitre précédent. Quant au grand gardien du seuil, l’homme le rencontre quand la rupture de ces liens atteint aussi les organes physiques du corps, notamment et en premier lieu le cerveau. 
Le « petit » gardien du seuil est un être autonome. Il n’existe pas pour l’homme qui n’a pas encore atteint le stade de développement où on le rencontre. On ne peut décrire ici que quelques-unes de ses caractéristiques essentielles. 
Nous essaierons tout d’abord de représenter sous une forme narrative la rencontre du disciple avec le gardien du seuil. Cette rencontre vient l’avertir que chez lui pensée, sentiment et volonté échappent à leur coordination primitive. 
Un être assez effrayant se dresse devant le disciple. Celui-ci a besoin, pour en soutenir la vue, de faire appel à tout ce qu’il a pu acquérir de présence d’esprit et à sa confiance dans l’excellence du chemin qu’il suit vers la connaissance. 
Voici comment le « gardien » révèle le sens de son être : « Jusqu’ici, tu as été guidé par des puissances qui étaient invisibles à tes yeux. C’est par elles qu’au cours de tes existences antérieures, chacune de tes bonnes actions a eu sa récompense, chacun de tes méfaits ses suites fâcheuses. Sous leur influence, ton caractère s’est édifié, marqué par tes expériences et tes pensées. Elles ont décidé de ton destin. Elles ont déterminé la part de joie ou de souffrances qui devait t’échoir à chacune de tes incarnations d’après ta conduite passée. Elles ont régné sur toi sous la forme de la loi universelle de « Karma ». Ces puissances vont renoncer maintenant à une part de leur domination sur toi. Une partie du travail qu’elles accomplissaient, tu dois t’en charger à présent. De rudes coups du destin t’ont frappé jusqu’ici et tu ne savais pas pourquoi : c’était la suite d’une action nuisible accomplie par toi dans une de tes existences précédentes. Parfois aussi tu as rencontré le bonheur et la joie et tu les a accueillis. C’était là également un effet d’anciennes actions. Dans ton caractère il y a bien des beaux côtés, bien des taches hideuses; tu as créé toi-même les uns et les autres par tes actes et tes pensées antérieures. Jusqu’ici tu as connu les effets sans voir les causes. Mais elles, les puissances karmiques, ont scruté toutes tes actions passées, tes pensées, tes sentiments les plus secrets, et elles ont déterminé d’après cela ton être actuel et le cours de ta vie. 
« A présent vont se révéler directement à toi tous les bons et tous les mauvais côtés de tes incarnations précédentes. Ces causes étaient jusqu’ici tissées dans ta propre nature; elles étaient en toi et tu ne pouvais les voir, de même qu’avec ton œil physique tu ne saurais voir ton cerveau. Maintenant tout ce passé se détache de toi-même et se dégage de ta personne. Il prend une forme autonome que tu peux regarder comme tu regardes les pierres et les plantes du monde extérieur. Et moi-même je suis l’être qui s’est façonné un corps avec tout ce qu’il y a en toi de noble ou de vil. Mon apparence fantomale est faite des dettes que tu as contractées et qui sont consignées sur le livre de ta vie. Tu m’as porté en toi sans me voir jusqu’ici. Cet aveuglement fut heureux pour toi. Car la sagesse d’un destin qui t’était caché a pu ainsi travailler à ton insu à effacer les taches hideuses dont tu vois en moi les vestiges. Maintenant que je suis sorti de toi, cette sagesse cachée t’a également abandonné. Désormais elle ne se souciera plus de toi. Elle remet sa tâche entre tes mains. Il faut que je devienne un être parfait et splendide, sans quoi je tomberais en perdition. Si ce malheur m’arrivait, je t’entraînerais avec moi dans un monde obscur et déchu. Pour éviter cette calamité, il faut que ta propre sagesse soit assez grande pour prendre sur elle la tâche dont s’acquittait auparavant la sagesse cachée qui t’a abandonné. Lorsque tu auras franchi le seuil que je garde, à aucun moment je n’échapperai plus à tes yeux. Quand tu feras quelque chose de mal, tu percevras tout de suite ta dette en ce que ma forme en sera altérée de manière horrible, démoniaque. C’est seulement quant tu auras redressé tes erreurs passées et seras assez purifié pour que le mal te soit devenu impossible, que mon être se revêtira d’une radieuse beauté et, pour le plus grand bien de ton activité future, je pourrai m’unir à toi pour ne plus former avec toi qu’un seul et même être. 
« Mon seuil est cimenté par les craintes et les appréhensions que tu ressens encore devant l’entière charge de toi-même, l’entière responsabilité de ta conduite, de ta pensée. Tant que tu redoutes d’avoir à diriger toi-même ta destinée, le seuil n’a pas encore tout ce qu’il doit comporter; tant qu’il y manque une pierre, tu dois rester devant ce seuil; tu ne passeras pas. N’essaie pas de le franchir avant de te sentir entièrement affranchi de la peur et prêt à te charger de la responsabilité suprême. 
« Jusqu’à présent, je ne sortais de ton être personnel que quand la mort mettait fin à l’une de tes courses terrestres. Même à ce moment, toutefois, ma forme te demeurait voilée. Seules m’apercevaient les puissances qui veillaient sur ton destin. D’après mon aspect, elles pouvaient façonner, dans les intervalles qui séparent la mort d’une nouvelle naissance, les forces et les facultés qui devaient te permettre de travailler à ton progrès, dans une incarnation nouvelle en embellissant ma forme. Et c’est aussi mon imperfection qui obligeait toujours ces puissances à te ramener sur la terre pour une autre incarnation. A ta mort j’étais là, et les maîtres du Karma décidaient de ton retour sur la terre d’après ce que j’étais. C’est seulement si tu étais arrivé inconsciemment, par la suite de tes incarnations, à me rendre parfait, que les puissances de la mort n’auraient plus eu d’action sur toi; fondu en moi tu aurais enfin pu entrer dans l’immortalité en union avec moi. Mais aujourd’hui, je suis devenu pour toi visible, alors que j’étais toujours près de toi à l’heure de la mort, mais invisible. Lorsque tu auras franchi mon seuil, tu entreras dans les sphères que tu ne connais généralement qu’après la mort physique. Tu vas y entrer en pleine conscience; et en même temps que tu continueras à évoluer sur terre sous une forme physiquement visible, tu vas évoluer désormais dans le royaume de la mort, c’est-à-dire le royaume de la vie éternelle. Car en réalité je suis aussi l’ange de la mort, en même temps que je suis l’annonciateur d’une vie éternelle, d’une vie supérieure, intarissable. Vivant aujourd’hui dans ton corps, tu traverseras par moi la mort pour renaître à une existence que plus jamais rien n’anéantira. 
« La sphère où tu pénètres va te révéler des êtres de nature suprasensible. La félicité y sera ton partage, mais ta première rencontre dans ce nouveau monde, c’est moi-même, ta créature. Auparavant, je vivais de ta vie propre; tu m’as éveillé maintenant à une existence autonome et me voici devant toi, juge visible de tes actions à venir, peut-être comme un reproche constant. Tu as pu me créer, mais en même temps tu as pris sur toi la charge de me transformer en un être parfait. » 
Ce qui est présenté ici sous forme narrative ne doit pas être considéré comme un symbole, mais comme une expérience des plus réelles pour le disciple. (Note 16 : Il ressort de ce qui précède, que le gardien du seuil qui vient d’être décrit est une forme (astrale) qui se révèle à la clairvoyance en train de s’éveiller chez le disciple. La science spirituelle mène à cette rencontre suprasensible. C’est seulement par un procédé de magie intérieure que l’on peut rendre le gardien visible aux sens physiques. L’opération consiste à produire un nuage de matière subtile, une sorte d’apparition fumeuse, composée d’un mélange de diverses substances. La force du magicien parvient à donner forme à cette fumée et à l’animer au moyen du Karma que le disciple n’a pas encore purgé. Si l’on est suffisamment préparé à la vision spirituelle, il n’est plus besoin de pareille évocation sensible. C’est un danger très grave d’être appelé, sans préparation suffisante, à contempler, sous la forme, d’un être vivant, sensible, le résidu du Karma « non purgé »; il ne faut pas d’ailleurs aspirer à cette expérience. Dans le roman de Bulwer Lytton, « Zanoni », on trouvera une description romanesque de la rencontre avec le gardien du seuil ainsi matérialisé.
Le gardien doit expressément l’avertir de ne pas avancer davantage s’il ne se sent pas la force de répondre aux exigences qui viennent de lui être révélées. Si terrible que soit cette apparition, elle n’est pourtant que l’effet de l’existence antérieure du disciple, elle n’est que sa propre nature extériorisée et éveillée à la vie autonome. Cet éveil survient lorsque se dissocient les trois forces : volonté, pensée et sentiment. 
C’est déjà une expérience d’une grande portée d’avoir, pour la première fois, conscience que l’on a engendré un être spirituel. Le disciple doit être préparé à supporter sans le moindre effroi cette vision terrible. Au moment de la rencontre, il doit se sentir assez fort pour oser se charger délibérément d’embellir cette forme. 
Si le disciple se tire avec bonheur de cette première rencontre avec le gardien du seuil, une conséquence en sera que sa prochaine mort physique sera un événement tout autre que les morts précédentes. Il accomplira consciemment l’acte de mourir, en déposant son corps physique comme on dépose un vêtement qui est trop usé ou qu’une déchirure vient de mettre hors d’usage. Sa mort physique n’a pour ainsi dire plus d’importance que pour les autres, ceux qui vivaient avec lui et qui s’arrêtent encore aux perceptions des sens. Pour eux, le disciple « meurt »; pour lui, il ne se produit pas un changement très important dans ce qui l’entoure. Tout l’univers spirituel dans lequel il entre s’offrait déjà identiquement à lui avant sa mort; c’est ce même univers qu’il contemple après sa mort. 
Mais le « gardien du seuil » enseigne encore autre chose. L’homme appartient à une famille, à un peuple, à une race; il agit dans le monde en fonction de son appartenance à ces communautés; son propre caractère en dépend également. Or, ce qui compose la famille, le peuple ou la race, est loin d’être uniquement la somme de toutes les actions accomplies consciemment par les individus. Les familles ou les peuples ont une destinée comme elles ont des caractères distinctifs. Ces choses restent des notions générales pour l’homme ordinaire. Quant au penseur matérialiste, rempli de préjugés, il n’a que mépris pour l’occultiste qui prétend que la destinée d’une famille ou d’un peuple, le caractère d’une tribu ou d’une race, existent aussi réellement pour lui que la destinée d’un individu. C’est que l’occultiste découvre des réalités supérieures, dont les simples individus sont les membres, au même titre que les bras, les jambes et la tête sont des parties du corps humain. Dans la vie d’une famille, d’un peuple ou d’une race, il voit agir, outre les individus, des réalités plus hautes qui sont vraiment l’âme de cette famille, de ce peuple, l’esprit de cette race. On peut dire que les individus ne sont, en un certain sens, que les organes exécutifs de ces âmes-groupes et il est parfaitement juste de parler de l’âme d’un peuple qui se sert, par exemple, des individus appartenant à un pays pour accomplir certaines tâches. L’âme du peuple ne descend pas jusqu’à la matérialisation sensible; elle vit dans les mondes supérieurs, et pour agir dans le monde sensible, elle se sert des individus comme d’organes physiques. Elle se comporte comme un architecte qui emploie des manœuvres pour bâtir un édifice. 
Tout homme reçoit, au plein sens du terme, de ces âmes de famille, de peuple, de race, la tâche qui lui est dévolue. L’homme borné aux sens n’est nullement initié au plan supérieur qui commande son action. C’est inconsciemment qu’il sert à réaliser les buts assignés par l’âme du peuple ou de la race. Tandis que le disciple, dès qu’il a rencontré le gardien du seuil, doit, non seulement veiller à l’accomplissement de ses devoirs personnels, mais encore collaborer sciemment à l’œuvre de son peuple et de sa race. Tout élargissement de son horizon agrandit aussi inéluctablement le champ de ses devoirs. Ce qui se passe en réalité, c’est que le disciple ajoute en quelque sorte un nouveau corps psychique au précédent, comme un vêtement de plus. Jusqu’ici, il allait dans la vie à l’abri des voiles qui habillaient sa personnalité, et les entités spirituelles qui se servaient de lui prenaient soin de régler ce qu’il avait à faire pour la collectivité. Le gardien du seuil lui découvre maintenant qu’à l’avenir ces puissances spirituelles vont se retirer de lui. Il doit émerger de la collectivité; mais il s’endurcirait dans son isolement et n’échapperait pas à la perdition s’il n’acquérait pas lui-même maintenant les forces appartenant aux esprits des peuples et des races. Beaucoup prétendent, il est vrai, s’être affranchis de toute dépendance à l’égard du peuple et de la race. Ils disent : « Il me suffit d’être un homme et rien qu’un homme »; mais il faut leur répondre : « A qui devez-vous votre liberté ? N’est-ce pas votre famille qui vous a donné votre place dans le monde, n’est-ce pas votre peuple ou votre race qui a fait de vous ce que vous êtes ? Ils vous ont éduqué, et si vous pouvez vous élever au-dessus de tous les préjugés, devenir pour votre peuple ou votre race une lumière ou un bienfaiteur, n’est-ce pas à cette éducation que vous en êtes redevable ? Alors même que vous dites « n’être rien qu’un homme », c’est aux esprits des collectivités au sein desquelles vous êtes né que vous devez d’être devenu ce que vous êtes. » 
Seul, le disciple peut comprendre ce que c’est qu’être abandonné par les esprits du peuple et de la race; lui seul peut savoir combien toute l’éducation reçue est de peu de poids en face de la vie qui l’attend désormais. Car tout ce qui lui a été apporté se désagrège lorsque se rompent les liens entre volonté, pensée et sentiment. Il regarde les résultats de toute l’éducation reçue comme on regarde une maison lézardée de toutes parts et qu’il s’agit de reconstruire sur un nouveau plan. C’est donc plus qu’un symbole si l’on dit : Après que le gardien du seuil a fait connaître ses premières exigences, alors, de l’endroit où il se trouve, se lève un vent de tempête, un vent qui éteint toutes les lumières spirituelles qui, jusqu’alors, ont éclairé pour le disciple la route de l’existence. Une obscurité totale s’étend devant le disciple. Elle n’est interrompue que par l’éclat qui émane du gardien du seuil. Du sein de cette obscurité sortent de nouveaux avertissements : « Ne franchis pas mon seuil avant d’être sûr que tu vas rendre, par toi-même, de la lumière à ces ténèbres; ne fais pas un pas de plus si tu n’es pas certain d’avoir assez d’huile spirituelle pour alimenter désormais ta propre lampe. Car les lampes des guides qui t’éclairaient jusqu’ici te feront défaut à l’avenir. » Après ces paroles, le disciple doit se retourner et porter ses regards derrière lui. Le gardien du seuil écarte alors pour lui le rideau qui cachait jusqu’ici les mystères profonds de l’existence. Il découvre dans leur pleine activité les esprits de la famille, du peuple, de la race; il voit précisément qu’il a été guidé jusque là et il lui devient clair que désormais il ne le sera plus. Tel est le second avertissement que, près du seuil, on reçoit du gardien. 
Personne ne pourrait supporter sans préparation un tel spectacle si la forte discipline qui a rendu l’individu capable d’atteindre le seuil ne lui permettait aussi de trouver au moment voulu les forces nécessaires. Dans certains cas, il se peut que cette discipline ait été si harmonieuse que l’entrée dans la vie nouvelle perde tout caractère impressionnant ou tumultueux; alors les expériences devant le seuil sont accompagnées d’un pressentiment de cette félicité qui sera la note dominante de l’existence nouvellement acquise. Le sentiment de la liberté nouvelle efface tous les autres. Sous l’effet de ce sentiment, les devoirs nouveaux et la responsabilité nouvelle dont on doit se charger apparaissent comme une obligation qui échoit nécessairement à l’homme parvenu à ce stade de son évolution. 
LA VIE ET LA MORT
LE GRAND GARDIEN DU SEUIL
On vient de décrire quelle importance avait la rencontre avec celui que nous avons appelé le « petit » gardien du seuil, car cette rencontre fait prendre conscience d’un être suprasensible qu’on a pour ainsi dire soi-même créé. Le corps de cet être est le résultat de nos propres actions, sentiments et pensées dont les conséquences auparavant étaient invisibles. Or ces forces invisibles sont devenues les causes déterminantes de notre destinée, de notre caractère. L’homme comprend, à ce moment, que dans son passé, il a lui-même posé les bases de son présent. De ce fait, son être se trouve, jusqu’à un certain degré, manifeste à ses regards. Par exemple, il a contracté des tendances, des habitudes; il en voit maintenant la cause. Certains coups du destin l’ont frappé; il en saisit l’origine. Il se rend compte de ce qui le porte à aimer ceci ou haïr cela, pourquoi ceci le rend heureux, et cela malheureux. L’aspect visible de la vie lui devient compréhensible, grâce aux causes invisibles, et il n’est pas jusqu’aux grands événements de l’existence, tels que la maladie et la santé, la mort et la naissance qui ne se dévoilent à son regard. Il constate qu’il a lui-même tissé, avant sa naissance, tout un réseau de causes qui devaient nécessairement le ramener à l’existence. Il discerne en lui l’entité qui dans le monde visible est encore de nature imparfaite, mais qui pourtant ne saurait acquérir sa perfection que par son passage en ce monde. Car dans nul autre monde ne se trouve l’occasion d’édifier cette entité humaine. Enfin, il voit que, pour le moment, la mort ne peut pas le séparer à tout jamais de la terre. Car il doit se dire : « Jadis, je vins pour la première fois en ce monde, car j’étais un être qui avait impérieusement besoin d’y vivre pour acquérir des qualités qu’il n’aurait pu acquérir nulle part ailleurs. Et je demeurerai lié au monde terrestre jusqu’à ce que j’aie fait mûrir en moi tout ce que j’y puis glaner. Je ne pourrai collaborer un jour efficacement à l’œuvre qui s’accomplit dans un autre monde qu’après en avoir acquis la faculté dans le monde visible aux sens. » 
Une des plus importantes expériences que puisse faire l’initié, c’est justement d’apprendre à mieux connaître, mieux apprécier la nature visible aux sens qu’il ne le faisait avant de suivre l’entraînement spirituel. Il le doit au regard qu’il plonge dans le monde suprasensible. Celui qui n’a pas acquis ce regard se contentera peut-être de sentir vaguement que les réalités suprasensibles sont infiniment plus valables que celles du monde sensible, ce qui l’amènerait à sous-estimer celui-ci. Mais qui a pratiqué ce regard sait que s’il n’avait pas ce que lui apporte le monde visible, il serait sans force dans le monde invisible. Pour vivre dans l’invisible, des facultés et des organes lui sont indispensables qui ne peuvent être acquis que sur terre. Il faut qu’il apprenne à voir en esprit pour prendre conscience du monde invisible. Or cette force de vision dans un monde « supérieur » se crée peu à peu au contact des réalités dites « inférieures ». Il est tout aussi impossible de naître au monde de l’esprit avec les yeux de l’esprit si on ne les a pas développés dans le monde sensible, qu’il est impossible à l’enfant nouveauné de naître avec des yeux physiques, si ceux-ci n’ont pas été formés dans le sein de sa mère. 
D’un tel point de vue, on comprendra pourquoi le seuil du monde suprasensible doit être défendu par un « gardien ». Personne ne peut être admis à plonger les regards dans ces régions avant d’être suffisamment équipé. C’est pourquoi, à chaque mort, lorsque l’homme, encore incapable d’agir dans un autre monde, y pénètre pourtant, un voile l’empêche d’y participer. Il ne devra le contempler qu’après avoir acquis la maturité nécessaire. 
Si l’étudiant en occultisme pénètre consciemment dans le monde suprasensible, la vie prend pour lui une signification toute nouvelle. Il voit dans le sensible le terrain propice aux semences du monde supérieur et même, en un certain sens, ce monde « supérieur » lui semble incomplet sans le monde « inférieur ». Deux perspectives s’ouvrent à lui : l’une donne sur le passé; l’autre sur l’avenir. Son regard plonge dans un passé où le monde sensible n’existait pas encore, car depuis longtemps il est au-dessus du préjugé d’après lequel le monde suprasensible se serait développé à partir du monde sensible. Il sait que le monde suprasensible est à l’origine du sensible. Il voit qu’il a lui-même appartenu à ce monde suprasensible,avant de s’être incarné pour la première fois. Mais il voit en même temps que ce monde suprasensible primitif a eu besoin de passer par une phase sensible. Sans ce passage, il n’aurait pas pu continuer à évoluer. Ce n’est, en effet, que lorsque des êtres se seront développés dans la sphère sensible et qu’ils y auront acquis toutes les facultés s’y rapportant, que le monde suprasensible pourra reprendre sa marche ascendante sur la route de l’évolution. Or ces êtres, ce sont les humains. Ces humains ne sont donc, dans leur vie actuelle, que l’aboutissement d’un stade imparfait de l’évolution spirituelle, et leur but doit être d’atteindre, à travers ces conditions, la perfection qui leur permettra de servir à faire progresser les mondes supérieurs. C’est ici que s’ouvre la perspective sur l’avenir. Elle annonce un stade plus élevé du monde suprasensible. A ce niveau, les fruits du monde sensible atteindront leur maturité. Ce monde sensible, en tant que tel, sera dépassé, et les résultats de son labeur seront incorporés à une sphère plus haute. 
Cette vue fait comprendre ce que signifient la maladie et la mort dans le monde sensible. La mort exprime simplement qu’un temps vint, dans l’évolution, où le monde suprasensible originel en était arrivé au point de ne plus pouvoir progresser par lui-même. Il aurait été nécessairement frappé d’anéantissement général s’il n’avait reçu un nouvel influx de vie. Cette vie nouvelle est apparue comme une lutte contre l’anéantissement universel. Sur les ruines d’un univers moribond, sclérosé, sont apparus les germes d’une existence nouvelle. C’est pourquoi nous connaissons et la mort et la vie. Ces deux états se sont lentement mêlés; car les éléments périssants qui restent de l’ancien monde s’accrochent encore aux germes de vie nouvelle qui sont sortis d’eux. Cette dualité trouve son expression la plus nette en l’homme. Il porte comme une gaine ce qui lui vient de l’ancien univers et dans cette gaine germe l’être de l’avenir. Il est ainsi une entité double, à la fois mortelle et immortelle. L’élément mortel est à son stade final d’évolution, l’élément immortel à son stade initial. Et l’homme acquiert seulement au sein de ce monde double, qui s’exprime dans le physique, les facultés nécessaires pour réaliser l’immortalité. Car c’est bien là sa mission : de ce qui est mortel tirer des fruits immortels. S’il considère son essence telle qu’il l’a construite dans le passé, il doit se dire : « Mon être renferme des éléments qui viennent d’un univers mourant, ils travaillent en moi et je ne pourrai que progressivement briser leur puissance grâce aux éléments immortels qui naissent à la vie. » L’homme suit donc une route qui procède de la mort à la vie. Si, à l’heure de sa mort, il pouvait se parler consciemment à lui-même, il devrait se dire : « Ce qui meurt en moi fut mon instructeur. Je péris par l’action de tout un passé dans lequel je suis impliqué, mais ce champ de la mort a fait croître pour moi les germes de l’immortalité. Je les emporte avec moi dans un autre monde. Si je ne dépendais que du passé, je n’aurais même jamais pu naître. La vie du passé s’achève à la naissance. Par les nouveaux germes de vie, la vie sensible est soustraite à l’anéantissement universel. Le temps qui sépare la naissance de la mort n’exprime que la part conquise par le nouvel influx de vie sur le passé qui meurt; quant à la maladie, elle n’est que le prolongement de l’action de la partie de ce passé qui va vers la mort. » 
A la lumière de ces connaissances, il est possible de répondre à ceux qui se demandent pourquoi l’homme ne peut s’élever que lentement de l’erreur à la vérité et de l’imperfection au bien. Ses actions, ses sentiments et ses pensées sont d’abord entièrement commandés par les forces qui vont vers la mort. Ce sont elles qui façonnent ses organes physiques et c’est pourquoi ces organes, ainsi que tout leur fonctionnement, sont voués à périr. Ni les instincts, ni les pressions, ni les organes qui leur obéissent ne peuvent composer l’être immortel, mais seule l’œuvre accomplie par ces organes peut prétendre à l’immortalité. Quand l’homme aura extrait de sa nature de mort tout ce qu’il est en mesure d’en tirer, seulement alors il pourra renoncer aux bases sur lesquelles il s’appuie dans le monde physique sensible. 
Ainsi le premier « gardien du seuil » représente l’image de l’homme dans sa double nature, mêlée de périssable et d’impérissable. Grâce à lui, on voit clairement tout ce qui manque encore à l’homme pour parvenir à cette forme de lumière radieuse qui pourra de nouveau habiter le pur monde spirituel. 
Le « gardien du seuil » révèle également à l’homme son degré d’implication dans la nature physique. Cette compromission avec la vie sensible s’exprime d’abord par les instincts, les désirs avides et personnels sous toutes les formes de l’égoïsme. Elle se manifeste ensuite par l’assujettissement à un peuple, à une race; car les peuples et les races ne sont encore que différentes étapes sur le chemin de la pure humanité. Une race et un peuple sont d’autant plus élevés, plus accomplis, que leurs membres réalisent mieux le type pur et idéal d’humanité et qu’ils ont dégagé, de la nature physique périssable, les éléments immortels. L’évolution de l’être humain, passant à travers les réincarnations dans des peuples et dans des races sans cesse plus avancés, est donc un processus de libération au bout duquel l’homme doit apparaître dans son harmonieuse perfection. 
Dans un sens analogue, le passage à travers des conceptions religieuses ou morales toujours plus pures est un perfectionnement. Car à chaque étape du progrès moral, on trouve encore un faible pour ce qui est périssable à côté de l’idéal des germes d’avenir. 
Le premier « gardien du seuil » n’a encore fait connaître que les conséquences des périodes écoulées. Il ne donne au sujet de l’avenir que les indications qu’on peut tirer du passé. Mais l’homme doit introduire dans l’univers spirituel à venir tout ce qu’il lui est possible d’extraire du monde sensible. S’il ne voulait y introduire que ce qui a été tiré du passé dans la contre-image que lui offre le premier « gardien », il n’aurait rempli que partiellement sa tâche terrestre. C’est pourquoi quelque temps après le « petit gardien du seuil » apparaît le second, celui que nous avons appelé le « grand gardien du seuil ». De nouveau cette rencontre doit être décrite sous forme narrative. 
Dès que l’homme a reconnu les entraves dont il doit se libérer, il voit apparaître sur sa route une sublime forme de lumière. Les mots ne sauraient en décrire la beauté. Cette rencontre a lieu lorsque les organes de la pensée, du sentiment et de la volonté sont devenus suffisamment indépendants, jusque dans le corps physique, pour que leurs relations réciproques ne soient plus instinctives, mais uniquement dirigées par la conscience supérieure, qui s’est maintenant totalement affranchie de toutes les contingences physiques. Ces centres de la pensée, du sentiment et de la volonté sont devenus des instruments au pouvoir de l’âme humaine qui les dirige depuis les sphères suprasensibles. A cet être libéré de tous les liens sensibles apparaît le deuxième « gardien du seuil ». Il lui parle en ces termes : 
« Tu t’es dégagé du monde des sens. Tu as conquis ton droit de cité dans l’univers suprasensible. C’est d’après lui que tu agiras désormais. Pour ton propre compte tu n’as plus besoin d’un corps physique sous la forme actuelle. Si tu n’avais plus d’autre volonté que de séjourner ici, tu n’aurais plus besoin de retourner dans le monde sensible. Mais regarde-moi; vois combien je suis encore infiniment au-dessus de ce que tu as pu faire de toi jusqu’à présent. Tu es parvenu à ton point de perfection actuelle, grâce aux facultés que tu as pu développer dans le monde sensible aussi longtemps que ce fut encore nécessaire. Mais maintenant une phase commence pour toi dans laquelle, avec des forces libérées, tu vas poursuivre ton travail dans le monde des sens. Jusqu’à présent, tu n’as songé qu’à te sauver toi-même ; tu dois maintenant délivrer tes compagnons qui sont dans le monde sensible. Tes efforts ont été purement personnels ; incorpore-toi dorénavant à l’ensemble des humains, afin d’introduire dans les sphères suprasensibles non seulement toi-même, mais les autres. Le jour viendra où tu pourras t’unir à mon être; mais je ne puis connaître le bonheur céleste tant qu’il y a des malheureux ! Personnellement libéré, tu voudrais dès aujourd’hui entrer pour toujours dans les sphères suprasensibles; tu serais obligé de voir au-dessous de toi ceux qui ne sont pas encore délivrés et tu aurais séparé ta destinée de la leur. Or, vous êtes tous solidaires. La même loi vous oblige tous à descendre dans le monde sensible pour y puiser les forces nécessaires à votre progrès. Si tu abandonnais tes frères en humanité, tu ferais un mauvais usage des forces que tu n’as pu cultiver que dans leur communauté. S’ils n’étaient pas descendus eux aussi dans le monde sensible, tu n’aurais pu le faire non plus et les forces t’auraient manqué pour t’élever à l’existence suprasensible. Tu dois partager avec eux ces forces acquises avec eux. C’est pourquoi je ne te laisserai pas pénétrer dans les régions les plus hautes du monde suprasensible avant que tu n’aies utilisé pour sauver tes semblables toutesles forces que tu as conquises sur terre. Avec ce que tu possèdes déjà, tu peux te maintenir dans les régions inférieures du monde suprasensible, mais devant la porte des plus hautes régions, je me tiens « comme le chérubin devant le Paradis, l’épée de feu à la main », et je t’en interdis l’accès tant que tu n’as pas employé toutes les forces qui te restent pour le salut du monde sensible. Si tu ne veux pas les lui donner, d’autres viendront qui s’en serviront. Le monde suprasensible supérieur cueillera les fruits du monde sensible; quant à toi, le terrain sur lequel ton être a poussé se dérobera sous tes pas. L’univers purifié te dépassera et te submergera dans une ascension dont tu seras exclu. Ton sentier sera le sentiernoir et ceux dont tu te seras retranché suivront le sentier blanc. » 
Tel se révèle le « grand gardien du seuil » bientôt après la rencontre de l’âme avec le premier veilleur. Il fait connaître exactement à l’initié ce qui l’attend s’il cède prématurément à l’attrait d’un séjour dans le monde suprasensible. Une indescriptible splendeur émane de ce second gardien. S’unir à lui apparaît comme un but lointain à l’âme qui le contemple. Mais l’initié a pourtant la certitude que cette union ne sera possible que s’il consacre à la libération et à la rédemption du monde sensible toutes les forces qu’il a abondamment reçues de ce monde. S’il se décide à obéir à cet être de lumière, il contribuera à la délivrance du genre humain et sacrifiera ses dons sur l’autel de l’humanité. S’il préfère au contraire s’élever personnellement dans le monde supérieur avant le temps fixé, il sera balayé par le courant de l’évolution humaine. Après sa délivrance, il ne pourra pas tirer du monde sensible des forces nouvelles. Tandis que, s’il lui offre son labeur, il le fera en renonçant à retirer de son travail à venir tout profit personnel. Certes on ne saurait dire que, placé devant cette alternative, l’homme doive, de toute évidence, opter pour le sentier blanc. Il dépendra de son degré de purification que nul égoïsme ne le fasse succomber à la tentation d’assurer son propre bonheur céleste. Cette tentation est la plus grande qui se puisse imaginer, car l’autre côté ne présente rien de très séduisant. Ici, rien ne parle à l’égoïsme. Ce que l’homme acquerra, s’il poursuit son évolution vers les régions encore plus hautes du monde suprasensible, ce ne sera pas un élément venant à lui, mais sortant de lui : l’amour de ses frères. Tandis que tout ce que peut souhaiter l’égoïsme ira vers celui qui s’engage sur le sentier noir. Bien plus : les jouissances que l’on y rencontre sont justement la satisfaction la plus parfaite de l’égoïsme. Si quelqu’un désire la félicité pour lui tout seul, il choisira à coup sûr le sentier noir qui est bien fait pour lui. 
Que nul n’attende donc des occultistes du sentier blanc le moindre conseil favorable au développement égoïste de son moi personnel. Ils n’ont aucun intérêt pour des béatitudes particulières. Les initiés blancs n’ont pas pour mission de servir des buts privés. Les recherche qui voudra. La seule chose qui leur tienne à cœur, c’est l’évolution et la délivrance de tous les êtres que sont les hommes et leurs compagnons. C’est uniquement pour la réalisation de cette œuvre collective qu’ils enseignent le moyen de développer les forces individuelles qui peuvent y contribuer. Le don désintéressé de soi-même et l’amour du sacrifice l’emportent donc à leurs yeux sur toutes les autres qualités. Ils ne repoussent personne, car l’être le plus égoïste est capable de se transformer. Mais quiconque ne poursuit que des buts personnels ne trouvera pas le moindre appui auprès des occultistes véritables tant qu’il aura cet état d’esprit. Alors même que ceux-ci ne lui refuseraient pas leur secours, l’égoïste se retirerait à lui-même la possibilité d’en profiter. Celui qui suit réellement les indications des vrais Maîtres de la sagesse comprendra par conséquent, après avoir franchi le seuil, ce qu’exige le grand gardien; mais celui qui ne suivra pas les Maîtres ne doit même pas espérer être jamais aidé par eux à franchir le seuil. Leur enseignement conduit au bien, sinon il ne mène à rien. Guider les hommes vers une félicité égoïste, ou même simplement vers la vie suprasensible, ne fait point partie de leur mission. Les buts qui depuis l’origine ont été assignés à cette mission leur enjoignent de tenir le disciple éloigné du monde supraterrestre jusqu’à ce qu’il y entre avec la volonté de collaborer avec abnégation à l’œuvre commune. 
L’InitiationSUPPLEMENT A LA ONZIEME EDITION
Le chemin vers la connaissance suprasensible, tel qu’il est décrit dans cet ouvrage, conduit à des expériences de l’âme pour lesquelles il est d’une toute particulière importance d’éviter les illusions et les malentendus. Car il est dans la nature de l’homme de s’illusionner en cette matière. L’une des illusions, et non des moins graves, consiste à ramener tout le domaine de l’expérience psychique dont traite la science spirituelle au niveau de la superstition, de la rêverie visionnaire, du médiumnisme et d’autres déviations de l’effort humain vers la connaissance. Cette erreur provient souvent de ce que des hommes peu soucieux du véritable chemin de la connaissance voudraient se frayer l’accès des réalités suprasensibles, fût-ce par des voies tortueuses. Et ces hommes sont confondus avec ceux qui suivent la route décrite en cet ouvrage 
I
Toutes les expériences psychiques qui sont retracées ici se déroulent entièrement dans le domaine de la pure expérience spirituelle et psychique. L’homme ne peut donc les ressentir que dans certaines conditions. Il doit se rendre, en certains cas, aussi libre et indépendant de la vie du corps qu’il l’est dans sa conscience ordinaire quand il construit en lui des pensées sur ce qu’il perçoit extérieurement ou qu’il ressent, souhaite ou veut intérieurement. Ces pensées au fond ne sont pas produites directement par les impulsions volontaires ou les désirs. Il y a des gens qui ne croient pas à l’existence de pensées de ce genre. Ils disent : il n’existe pas de pensées qui ne soient extraites des perceptions ou des états intérieurs conditionnés par le corps. Les pensées, ajoute-t-on, ne sont que les ombres projetées des perceptions ou des impressions intérieures. On ne peut avoir cette opinion que si l’on ne s’est jamais élevé à l’activité intérieure qui permet de sentir vivre en soi une pensée pure ne reposant que sur elle-même. Quiconque connaît cette expérience considère comme une vérité de fait que là où, dans l’âme, s’exerce la pensée, et dans la mesure où cette pensée pénètre d’autres fonctions psychiques, l’homme exerce une activité à laquelle le corps n’a point part. Dans la vie ordinaire de l’âme, la pensée est presque toujours mêlée à d’autres fonctions : perception, sentiment, volonté, etc. Ces autres fonctions existent grâce au corps; mais la pensée intervient en elles. Et dans la mesure où cette intervention de la pensée se produit, il se passe en l’homme et à travers lui quelque chose à quoi le corps n’a point part. Les hommes qui nient ce fait tombent dans l’illusion parce qu’ils n’observent pas l’activité pensante à l’état pur, mais qu’ils la voient toujours mêlée à d’autres fonctions. Dans l’expérience intérieure, on peut arriver à s’élever au niveau où la pensée apparaît comme une activité distincte et séparée des autres. De tout le circuit de l’âme, on peut dégager quelque chose qui n’est plus que la pensée pure; un ensemble de pensées se soutenant par elles-mêmes et dépouillées de toute influence provenant des perceptions ou de la vie organique. Les pensées de cette nature se manifestent d’elles-mêmes comme des réalités spirituelles, suprasensibles. Et l’âme qui s’unit à elles, qui exclut pendant cette union toute perception, tout souvenir, toute autre activité intérieure, sait qu’elle se trouve, par cette pensée, dans un domaine suprasensible; elle se sent hors du corps. 
Celui qui acquiert une vue claire de tout ce processus, ne peut plus se poser la question : « L’âme peut-elle avoir conscience d’elle-même dans un état suprasensible, quand elle est hors du corps ? » Car ce serait mettre en doute ce qu’il sait par expérience. La seule question qui se pose encore est celle-ci : qu’est-ce qui empêche l’homme de reconnaître une pareille évidence ? Et la seule réponse à cette question, c’est que cette expérience ne peut pas se produire si l’homme ne se met pas d’avance dans une disposition d’âme qui lui rende possible de recevoir cette révélation. Or, les gens ressentent généralement une certaine méfiance à l’égard d’une activité purement psychique qui tend à manifester un élément indépendant d’eux-mêmes. S’il faut se préparer pour recevoir cette révélation, se dit-on, ne va-t-on pas se suggestionner ? On voudrait rencontrer des expériences où la participation de l’homme soit nulle et vis-à-vis desquelles on demeure un témoin passif. Il peut se faire en outre que des novices ignorent les premières règles élémentaires qu’exige l’approche scientifique d’un fait. Il leur arrive alors ceci : dans des manifestations de la vie intérieure où l’âme descend au-dessous du niveau de l’activité consciente habituelle, ils croient voir la manifestation objective d’une réalité non sensible. Les visionnaires, les médiums ont des expériences de cette nature. 
Les forces qui se manifestent ainsi proviennent d’un monde qui n’est pas au-dessus des sens, mais au-dessous. La vie consciente de veille ne se déroule pas entièrement dans le corps, mais elle s’écoule, dans sa partie la plus consciente, à la frontière entre le corps et le monde physique extérieur. C’est le cas pour la vie des perceptions : ce qui se produit dans l’organe sensoriel est un phénomène du dehors, qui pénètre dans le corps, tout autant qu’il est une projection d’activité du corps vers ce phénomène. C’est également le cas pour la vie volontaire; l’être humain est inséré dans la réalité cosmique : l’homme qui veut est en même temps un élément du devenir universel. Dans les expériences de l’âme qui se déroulent à la lisière du corps, l’homme dépend à un très haut degré de son organisation corporelle. Toutefois l’action de la pensée vient s’unir à ces expériences et, dans la mesure où cette union se produit, l’homme se rend indépendant du corps dans la perception et dans la volonté. Au contraire, dans les phénomènes visionnaires et médiumniques, l’homme tombe entièrement sous l’influence du corps. Il exclut de sa vie intérieure précisément ce qui pouvait le rendre indépendant du corps dans la perception et la volonté. Et par là, les manifestations de sa vie intérieure deviennent une simple expression de sa vie corporelle. Les visionnaires et les médiums sont des êtres chez qui les activités de perception et de volonté sont beaucoup moins indépendantes du corps qu’elles ne le sont pour l’homme normal. En ce qui concerne l’expérience du suprasensible décrite ici, l’évolution de l’âme doit suivre la direction exactement opposée à la voie suivie par les visionnaires et les médiums. L’âme se rend progressivement plus indépendante du corps qu’elle ne l’est dans la perception et dans la volition normales. Elle acquiert, pour une partie d’activité bien plus large, l’indépendance dont elle ne jouissait auparavant que pour exercer la pensée pure. 
Il est d’une importance capitale, pour cette activité de l’âme dans le monde suprasensible, de voir très clairement ce qu’est cette expérience de la pensée pure. Car au fond cette expérience même est déjà une activité suprasensible de l’âme, bien qu’elle ne permette pas encore la vision spirituelle. Par la pensée pure on vit dans le suprasensible, mais seule cette pensée est ressentie de manière suprasensible; rien d’autre. L’expérience du suprasensible doit être la suite de ce qu’a déjà éprouvé l’âme en s’unissant à la pensée pure. C’est pourquoi il est si important de pouvoir correctement expérimenter cette union. Car c’est la compréhension de cette union qui va révéler sous son vrai jour la nature de la connaissance suprasensible. Dès que la vie de l’âme descend au-dessous du niveau de la conscience claire qui brille dans la pensée, elle dévie de sa route vers la véritable connaissance suprasensible. Elle est soumise aux phénomènes organiques; et tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle exprime est une manifestation non pas du suprasensible, mais de la vie organique dans une région inférieure au monde sensible. 
II
Dès que l’âme fait des expériences qui l’introduisent dans la sphère du suprasensible, ce qu’elle ressent est d’une nature qui ne peut plus s’exprimer aussi bien par le langage ordinaire que les impressions nées au contact du monde sensible. Lorsqu’on entend décrire des expériences spirituelles, il faut se rappeler qu’elles sont bien plus éloignées des mots que ne l’est la description d’un fait physique. Il faut tenir bien compte de ce décalage, lorsqu’on emploie certaines expressions qui ne peuvent se rapporter à leur objet que par une allusion délicate, une image symbolique. À la page 40 de cet ouvrage, nous disons par exemple : « Sous leur forme originelle, toutes les règles et les enseignements de la science spirituelle sont donnés dans un langage de signes et de symboles. » Et à la page 101, nous avons dû parler d’un « système d’écriture particulier ». On pourrait aisément en conclure que cette écriture s’apprend comme on apprend les lettres et les caractères d’une langue physique. Il y a eu, certes, et il existe encore des écoles et des sociétés d’enseignement spirituel qui possèdent des signes symboliques pour exprimer les faits du monde suprasensible. Ceux qui sont initiés au sens de ces symboles ont en main un moyen pour diriger leur âme vers les réalités suprasensibles en question. Mais pour la vie suprasensible, l’essentiel est plutôt qu’au cours d’une expérience telle que peut en procurer l’écriture occulte, l’âme acquière en contemplant les réalités supérieures la révélation de ces caractères symboliques, et cela par elle-même. Le suprasensible enseigne à l’âme quelque chose qu’elle doit traduire en symboles pour pouvoir le contempler en pleine conscience. On peut dire de cette écriture que ce qu’elle exprime peut être réalisé par toute âme. Pendant que l’âme en fait ainsi une réalité, se produisent les résultats que nous avons décrits. 
Que l’on prenne donc un livre comme celui-ci pour ce qu’il est : un dialogue entre l’auteur et le lecteur. Si l’on dit : « le disciple a besoin de recevoir des conseils personnels », il faut entendre que ce livre lui-même est un enseignement personnel. Dans les temps anciens, il existait des raisons pour réserver cet enseignement personnel à un entretien oral secret, mais à l’heure actuelle l’humanité en est à une étape de son évolution où les connaissances de la science spirituelle doivent être répandues bien plus largement que par le passé. Il faut que dans une tout autre mesure qu’autrefois elles soient rendues accessibles à tous. Aussi le livre prend-il la place de l’antique enseignement oral. La croyance qu’à ce qui est dit dans ce livre doit encore venir s’ajouter une direction personnelle, n’est justifiée qu’en certains cas. Cette aide personnelle peut avoir parfois son importance. Mais ce serait une erreur de croire qu’il y a des choses essentielles qu’on ne trouve pas dans ce livre. On les y trouve si on le lit avec attention, si on le lit à fond. 
III
Les descriptions données dans cet ouvrage semblent être des conseils sur la manière de transformer sa nature de fond en comble. Mais si on le lit avec soin, on découvrira que leur unique but est de décrire l’attitude que l’homme doit prendre dans les moments de son existence où il veut rencontrer le monde suprasensible. Cette attitude intérieure devient en lui comme une seconde nature. La première nature, normale, continue comme par le passé le cours de son existence. Il faut savoir séparer en pleine conscience ces deux natures l’une de l’autre, les faire alterner comme il convient. On ne doit pas pour autant se rendre impossible dans la vie, planer au-dessus de l’existence quotidienne et jouer à l’occultiste en toute circonstance. Il est vrai que la manière dont on vit les expériences suprasensibles rayonnera sur la personnalité tout entière; mais cela, loin de détourner le disciple de la vie terrestre, le rend au contraire mieux adapté à elle. 
Si toutefois nous avons dû donner dans ce livre la description que nous avons faite, c’est parce qu’un effort de connaissance dirigé vers le monde supérieur concerne l’homme tout entier, si bien qu’il doit être engagé de tout son être dans une pareille activité. Autant la perception d’une couleur n’engage en réalité que l’œil ou les nerfs qui y aboutissent, autant une perception supérieure nécessite la mise en œuvre de l’individu tout entier. L’homme devient « tout œil », ou « tout oreille ». Parce qu’il en est ainsi, il semble, à bon droit, qu’en décrivant l’acquisition des processus qui accompagnent la connaissance suprasensible, on parle de la transformation totale de l’homme, on dise que l’homme ordinaire n’est pas ce qu’il devrait être et doit devenir tout autre. 
IV
Au sujet du chapitre sur « quelques effets de l’initiation », il faut ajouter quelque chose qui, avec des nuances, est valable pour d’autres passages de cet ouvrage. Quelqu’un pourrait objecter : pourquoi décrire ainsi en images les expériences suprasensibles ? Ne pourrait-on pas, sans recourir à des images sensibles, les présenter sous forme d’idées ? Voilà la réponse : le but essentiel de l’expérience de la réalité suprasensible, c’est que l’homme prenne conscience de lui-même dans cette réalité-là comme d’un être suprasensible. S’il n’arrivait pas à se représenter son être immatériel, dont certaines réalités lui sont décrites sous cette forme de « fleurs de lotus » et du « corps éthérique » qui correspond bien à leur nature, l’homme aurait de lui, à l’état suprasensible, une conscience analogue à celle qu’il aurait dans le monde sensible s’il percevait tout ce qui l’entoure, mais sans avoir la notion de son corps. 
Le fait de se contempler en tant qu’être suprasensible dans son corps psychique et son corps éthérique lui permet de posséder dans le monde supérieur la conscience de lui-même, de même qu’en percevant son corps sensible, il prend conscience de lui dans le monde sensible. 
L’Initiation de Rudolph Steiner: 2 – De Quelques Effets DE L’InitiationL’Initiation de Rudolph Steiner: 1 – Les Degrés DE L’Initiation
Corlet, Imprimeur, S.A. — 14110 Condé-sur-Noireau
N° d’impression : 6250 Dépôt légal du 1er
tirage de la 7e édition :
2e trimestre 1976 Dépôt légal du 3e
tirage : juillet 1985

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MessagePosté le: Ven 4 Avr - 10:28 (2014)    Sujet du message: Le gardien du seuil, Rudolf Steiner Répondre en citant

Merci ma chérie
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:33 (2018)    Sujet du message: Le gardien du seuil, Rudolf Steiner

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