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SAVITRI- Chant 3-

 
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Spirale


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MessagePosté le: Lun 11 Nov - 19:22 (2013)    Sujet du message: SAVITRI- Chant 3- Répondre en citant

"LE YOGA DU ROI : LE YOGA DE LA LIBERATION DE L'AME

C'est un appel venu du Monde qui avait précipité l'incarnation de Savitri dans le Temps. Sur la ligne de front d'une quête immémoriale, protagoniste solitaire dans le jeu mystérieux où l'Inconnu se poursuit lui-même sous différentes formes et limite sa propre éternité au moyen des heures, où le Néant aveugle se débat pour vivre et voir, un pens...eur, un travailleur dans l'atmosphère de l'Idéal fit descendre sur la Terre, en réponse à son besoin informulé, ce pouvoir resplendissant. L'esprit qui le gouvernait était de ceux qui, du haut des sphères les plus vastes, consentent à se pencher sur nos provinces de vision éphémère, en pionniers de l'immortalité.

Tel un phare éclairant les routes incertaines de la Terre, sa naissance constituait un symbole et un présage ; le manteau opaque de sa personnalité humaine dissimulait la toute puissante Sagesse qui dirige le monde aveugle. Bien qu'assujetti à l'Espace cosmique et au Temps et de ce fait payant ici-bas la dette de Dieu envers la Terre et les hommes, un plus noble lignage était cependant son droit divin. Bien que consentant à partager l'ignorance mortelle, sa connaissance relevait de la Lumière ineffable. Incarnant la Force de Permanence originelle qui se serait égarée dans les courants du moment présent, il conservait la vision des Immensités qui se trouvent en arrière plan : un pouvoir était en lui qu'il tenait de l'Inconnaissable. Archiviste des symboles de l'Au-delà, trésorier des rêves surhumains, il arborait les stigmates de puissantes mémoires et répandait leur formidable rayonnement sur la vie humaine. Ses jours étaient une patiente croissance vers le Suprême : cet être d'origine céleste, qui nourrissait ses racines d'une sève provenant d'occultes sources spirituelles, escaladait des rayons immaculés à la rencontre d'un invisible Soleil. Son âme était une déléguée de l'Eternel, son mental un feu à l'assaut du ciel, sa volonté une chasseresse sur les pistes de lumière. Chacune de ses inspirations trouvait son origine dans un océan, chacun de ses actes laissait l'empreinte d'un Dieu, chacun de ses instants témoignait d'un puissant battement d'ailes.

Notre petit lopin de condition mortelle, une fois touché par son locataire venu des cimes devient un terrain de jeu pour l'Infini incarné. Cette apparence corporelle n'est pas tout ; la forme déçoit, la personne est un masque ; cachés dans les profondeurs de l'homme demeurent des pouvoirs divins. Sa barque fragile convoie sur l'océan des ans un incognito de l'Impérissable. Un esprit demeure là, qui est une flamme de Dieu, une portion ardente du Prodigieux, artiste de sa propre beauté et de sa propre joie, immortelle dans notre misère de mortel. Ce sculpteur des formes de l'Infini, cet Hôte voilé, non reconnu, initié de ses propres mystères ésotériques, cache dans une petite graine insignifiante sa pensée cosmique.

Porteur de la force discrète de l'Idée occulte qui détermine la forme et l'acte prédestinés, passager de vie en vie, d'étape en étape, changeant sa personnalité symbolique d'une forme à l'autre, il est concentré sur l'icône qui grandit par son regard et dans le ver de terre il voit déjà le Dieu à venir.

Finalement, ce voyageur sur les sentiers du Temps arrive aux frontières de l'Eternité. Drapé dans un fragile symbole d'humanité il perçoit la substance de son moi immortel et perd sa sujétion à la mortalité. Un rayon de l’éternel enflamme son coeur, sa pensée se projette dans l'infini : tout en lui s'ouvre aux immensités de l'esprit. Son âme s'échappe pour rejoindre l'Ame suprême, son vital baigne dans l'océan de cette vie supérieure.

Il a bu au sein de la Mère des Mondes ; une super-nature exempte de limitations prend possession de son corps : elle adopte le terrain permanent de son esprit comme une garantie dans son monde instable, et y projette l'image de ses puissances non-nées. Dans un contexte d'immortalité elle se conçoit elle-même en lui ; dans la créature œuvre la Créatrice dévoilée : l'expression de la Mère est visible sur son visage, le regard de la Mère transparaît dans ses yeux ; son être lui appartient grâce à une vaste identité. Alors se révèle au grand jour le Divin dans l'homme. Un état d'Union statique et un Pouvoir dynamique descendent en lui, sceaux de la Divinité intégrale ; son âme et son corps reçoivent cette marque splendide.

La vie de l'homme est une longue et fastidieuse préparation, un parcours de labeur et d'espoir et de guerre et de paix, tracé par la Vie sur le terrain obscur de la Matière. Dans son ascension d'un pic qu'aucun pied n'a jamais foulé, il cherche à travers une pénombre trouée d'éclairs une réalité voilée largement inconnue, toujours évasive, selon une quête de quelque chose ou quelqu'un qui n'a jamais été découvert, le culte d'un idéal jamais réalisé ici-bas, une spirale sans fin d'ascensions et de chutes, jusqu'à ce que finalement il ait atteint le point géant d'où resplendit la Gloire pour laquelle il est fait, et qu'il se trouve précipité dans l'infini de Dieu.
Par delà les poste-frontières de notre nature l'on s'évade dans l'arc de lumière vivante d'une super-nature.
Ceci se révélait maintenant chez ce fils de l'Energie ; la base de cette importante transition s’était établie en lui. Dans l'Immanence céleste originelle dont tous les processus de la Nature relèvent de l'art, l'Ouvrier cosmique apportait sa touche secrète pour convertir ce fragile moteur organique à un usage céleste. Une Présence travaillait à sa forge derrière un paravent énigmatique : elle martelait sa base pour qu'il puisse porter le poids d'un Titan ; raffinant des blocs grossiers d'énergie naturelle, elle remodelait son âme comme on statufie un Dieu. L'Artisan de la substance magique du moi qui travaille à ce plan audacieux et complexe dans le vaste atelier de ce monde prodigieux, dans le Temps intérieur composait ses pièces rythmiques.
Et puis survint le miracle abrupt, transcendant : la Majesté immaculée, derrière son masque était parvenue à mettre en évidence, à l'oeuvre dans la matrice obscure de la vie, la splendeur des choses à venir dont il avait rêvé. Dans un couronnement de l'architecture des mondes, le mystère du mariage de la Terre et du Ciel annexait le divin au plan mortel. Un Voyant était né, resplendissant Hôte du Temps. Pour lui le firmament limitatif du mental avait cessé d'être ; sur l'avant-plan mythique de la dualité Ombre-Lumière une brèche avait été déchirée dans cette voûte qui cachait tout ; les limites conscientes de l'être dégringolaient en arrière, les bornes de la petite personnalité tombaient, l'île de l'ego ralliait son continent. Ce monde rigide de formes limitatives était dépassé : les barrières de la vie s'ouvraient sur l'Inconnu. Les artifices de la conception étaient abolis et le traité entre l'âme et la Nature ignorante était révoqué, rayant ainsi la clause sévère de l'esclavage. Toutes les inhibitions grises étaient arrachées, et brisé le dur et brillant couvercle de l'intellect ; la Vérité indivise retrouvait un immense espace céleste ; une vision impériale voyait et savait, le mental enchaîné devenait libre lumière, le moi fini s'unissait à l'Infini.
A présent sa progression relevait du vol de l'aigle. Hors du noviciat de l'Ignorance, la Sagesse le portait à la maîtrise de ses arts et faisait de lui un éminent maçon de l'âme, un bâtisseur de la maison secrète de l'Immortel, un aspirant à l'Immortalité divine : désormais maîtrise et liberté s'en remettaient entièrement à lui ; s'affirmant sur le crépuscule du mental et la nuit étoilée du vital, vint à resplendir l'aurore d'un jour spirituel.

Et c'est ainsi qu'il grandit dans un moi plus vaste, l'humain limitant ses mouvements de moins en moins, être plus grand découvrant un monde plus grand. Une farouche volonté de connaissance osait renverser les barrières de sécurité que la raison dresse et qui restreignent l'essor du mental, le plongeon de l'âme dans l'Infini. Même ses premiers pas brisèrent nos petites limitations terrestres et le firent s'aventurer dans une atmosphère plus vaste et plus libre.
Dans ses mains guidées par une Force de transfiguration il saisit sans peine, ainsi que l'arc d'un géant laissé à l'abandon dans une caverne secrète et scellée, les pouvoirs qui d'ordinaire sommeillent en l'homme sans être utilisés. Il fit du miracle un acte normal et entreprit des travaux divins comme une activité de routine — magnifiquement naturelle à ce niveau — produisant des efforts qui auraient fait éclater les cœurs mortels les plus solides ; avec une facilité extraordinaire et souveraine il menait à bien des projets beaucoup trop sublimes pour la volonté ordinaire de la Nature : les dons de l'esprit vinrent à lui en masse ; ils étaient la marque de sa vie, et son privilège.
Une perception pure lui prêtait sa joie lumineuse : sa vision intime ne dépendait pas de la pensée ; elle enveloppait toute la Nature d'un seul coup d'œil et regardait dans le cœur même des créatures ; n'étant point trompée par la forme, elle voyait l'âme. Dans les êtres elle savait ce qui se dissimulait, inconnu d'eux-mêmes ; elle saisissait les idées au niveau du mental, les désirs au niveau du cœur ; dans les replis impurs du secret, elle cueillait les motifs que les hommes cachent à leur propre vue.

Il percevait les pulsations de vie dans les autres hommes, qui l'envahissaient avec leur bonheur et leur angoisse ; leurs amours, leurs colères, leurs espoirs non exprimés pénétraient sous forme de courants ou déferlaient en vagues dans l'océan immobile de son calme. Il entendait le son inspiré de ses propres pensées faire écho dans les voûtes d'autres mentals ; les courants de pensée du monde traversaient son champ de vision ; sa personnalité intérieure grandissait auprès de celle des autres et portait le poids d'une fraternité, d'un lien commun, et pourtant se tenait non affectée, maître d'elle-même, seule.
Une harmonie magique dans un crescendo accordait les anciens instruments de la Terre aux symphonies célestes ; elle encourageait les serviteurs du mental et du vital à être d’enthousiastes partenaires responsifs à l'âme, les tissus et les nerfs à se transformer en cordes sensibles, aptes à relayer le transcendant et l'extase ; elle faisait des moyens du corps les complices de l'esprit. Une fonction plus divine avec des modes plus raffinés éclaira de sa grâce les attributs terrestres de l'homme ; après avoir fait l'expérience d’une transe profonde, l'âme avait émergé du sommeil où la Matière dominatrice l'avait plongée, droguée.

Dans le mur inerte qui nous sépare de notre moi le plus vaste, ce lieu secret de sommeil apparent, ces étendues mystiques par-delà nos pensées conscientes, une porte s'ouvrit, créée par la pression de la Matière, libérant des choses inimaginables pour les sens terrestres : un monde invisible, inconnu du mental extérieur se manifesta dans les silencieux espaces de l'âme.
Il se tint assis en des chambres secrètes avec vue sur les contrées lumineuses du non-né où tout ce dont rêve le mental devient réel et vrai, où tout ce à quoi aspire la vie est attiré à portée de main. Il vit la Perfection dans sa demeure ornée d'étoiles, vêtue de sa splendide forme immortelle et reposant en paix dans les bras de l'Eternel, abîmée dans la chamade d'une extase de Dieu. Il vécut dans l'espace mystique où naquit la pensée et où la volonté est bercée par une Puissance éthérée et nourrie du lait immaculé des vigueurs de l'Eternel pour qu'elle grandisse à l'image d'une divinité. Dans les chambres occultes du Témoin, aux murs faits de substance mentale, s'ouvraient les fenêtres de la vision intérieure qui donnent sur des patios cachés, des couloirs secrets.

Il prit possession de la maison du Temps unifié.

Levant l'épais rideau de la chair il se tint sur un seuil gardé par un serpent et scruta d'interminables corridors, tranquille et à l'écoute dans le silence du cœur, attentif à l'avènement du neuf et de l'inconnu.

Alors qu'il contemplait ces tranquilles espaces vides, il entendit les pas de l'Idée inimaginable dans les lointaines avenues de l'Au-delà. Il entendit la Voix secrète, le Verbe qui sait, et vit le visage secret qui est le nôtre. Les plans intérieurs découvrirent leurs portes de cristal ; d'étranges pouvoirs et influences affectèrent son vital. Une vision lui vint de royaumes supérieurs aux nôtres, il prit conscience de champs et cieux plus lumineux, d'êtres moins limités que les hommes à la vie éphémère et de corps plus subtils que ces squelettes fragiles, d'objets trop fluides pour notre étreinte matérielle, d'actes vibrant d'une lumière surhumaine et de mouvements guidés par une force supraconsciente et de joies qui n'ont jamais coulé dans des membres mortels, et d'environnements plus charmants que ceux de la Terre et de vies plus heureuses.
Une conscience de beauté et de félicité, une connaissance qui devient ce qu'elle perçoit, remplaçait les sens séparés et le coeur, et embrassait toute la Nature dans son étreinte. Le mental se penchait à la rencontre des mondes cachés. L'atmosphère scintillait et regorgeait de formes et nuances merveilleuses, des parfums célestes chatouillaient les narines, des miels de paradis laissaient leur goût sur la langue.
Canal d'harmonie universelle, l'ouïe percevait un courant d'audience magique, réceptacle de sons occultes que la Terre ne peut entendre : remontant la piste cachée du moi assoupi survint la voix d'une vérité submergée, inconnue, qui coule sous les apparences cosmiques, audible seulement dans le silence gnostique qui réside dans le coeur intuitif et une perception secrète. Elle s'emparait d'un fardeau de secrets inaccessibles et muets, elle exprimait la revendication insatisfaite de la Terre et le chant prometteur de paradis non réalisés et de tout ce qui se cache dans un Sommeil omnipotent.
Au cours du drame éternel dirigé par le Temps sur la crue toujours attentive qui porte le doute insoluble du monde au long d'un pèlerinage sans but, un rire de plaisir insomniaque moussait comme l'écume des murmures d'un désir qui refuse de mourir : un cri des délices futurs du monde jaillit, porteur de la grandeur et de la majesté de sa volonté de vivre, comme pour rappeler l'aventure de l'âme dans l'espace — cette voyageuse à travers les siècles magiques, cette ouvrière de l'être dans la Matière de l'univers — et la quête du sens mystique de sa naissance et la joie d'une réponse hautement spirituelle, son frémissement de satisfaction et de contentement dans l'ensemble des douceurs que sont les présents de la vie, sa vaste respiration avec le choc et le frisson de l'espoir et de la peur, le goût de ses angoisses, de ses larmes et de ses extases, la pulsation douloureuse des délices que procure une félicité soudaine, les sanglots de la passion et d'une douleur sans fin.
Les murmures et les soupirs de ces sons que l'on n'entend pas et qui se pressent autour de notre coeur sans trouver la moindre ouverture pour entrer, gonflèrent en un cantique de tout ce qui souffre et pourtant reste anonyme, et de tout ce qui peine en vain pour naître, et de toutes les douceurs que personne ne goûtera jamais, et de toute la beauté qui ne sera point.
Hors d'atteinte de nos oreilles sourdes de mortel, les puissants rythmes du monde composaient leur chant phénoménal et la vie luttait pour y insérer les cadences de nos vers d'ici-bas, voulant noyer nos limites dans l'illimité, voulant accorder le fini à l'infini. Un grondement indistinct se leva des cavernes du subconscient, comme un bégaiement de l'Ignorance primordiale ; en réponse à cette question inarticulée survint l'éclair d'une fusée chevauchant des ailes de tonnerre, un hymne radieux dédié à l'Inexprimable, une louange à la gloire de la lumière supraconsciente.
Là, se trouvait révélé tout ce que nul ici-bas ne peut exprimer ; visions et rêves étaient des contes dits par la vérité ou bien des symboles encore plus vrais que les faits, ou encore des vérités imposées par des sceaux surnaturels. Des yeux immortels approchaient et regardaient droit dans les siens, et des êtres appartenant à de nombreux royaumes venaient s'adresser à lui : ceux qui sont vivants à jamais et que nous appelons morts pouvaient laisser leur gloire par-delà la mort et la naissance, et exprimer la sagesse qui dépasse tout ce qui peut se mettre en une phrase : les monarques du mal et ceux du bien, plaideurs devant la chaire de justice de la raison, proclamaient le gospel de leurs contraires, et tous se croyaient les porte-parole de Dieu : les dieux de lumière et les titans de l'ombre se disputaient le prix convoité de son âme. Pour chaque heure extraite du carquois du Temps sonnait le chant d'une nouvelle découverte, la décoche claire d'une expérience vierge. Chaque jour passait comme une romance spirituelle, comme s'il était né dans un nouveau monde éblouissant ; l'Aventure bondissait ainsi qu'une camarade inattendue, et le danger apportait la saveur délicieuse d'une joie alerte : chaque événement était une expérience profonde. Il s'y passait d'importantes rencontres, des colloques épiques, et des conciles tenus dans un langage céleste, et des plaidoiries mielleuses émanant de lèvres occultes pour aider le coeur à se soumettre à l'appel de l'enchantement, et des tentations délicieuses qui se glissaient des royaumes de la beauté, et des extases soudaines venues d'un monde de félicité. Il s'agissait d'un règne d'émerveillement et de bonheur ; sa brillante perception était maintenant capable de tout capter, dans un échange émouvant avec de puissantes créatures inconnues. Dans une conscience nouvelle de parentés extra-terrestres, ce contact répondait à des infinis subtils, et dans le cri d'argent de portes qui s'ouvrent des éclairs de vision bondissaient dans l'invisible.
Sans cesse, sa conscience et sa vision s'élargissaient ; elles décrivaient un balayage plus vaste, une parabole plus fière ; il franchit la frontière qui marque le règne de la Matière et dépassa cette région où la pensée remplace la vie. Hors de ce monde de symboles il déboucha soudain dans le silence d'un moi où le monde n'existe pas et regardant encore plus loin, il vit devant lui une immensité sans nom.
Nos images symboliques perdaient là leur droit d'existence, tous les signes que nos sens sont capables de reconnaître s'écroulaient ; là, le coeur ne battait plus au contact du corps, là, les yeux ne regardaient plus les formes de la beauté. Par de rares et lumineux intervalles de silence il pouvait s'élancer dans des régions sans repères, pleines du contenu profond de l'absence de forme, où le monde se rapportait à un être unique, où tout était connu à la lumière de l'identité et où l'Esprit était sa propre évidence.
Le regard du Suprême voyait à travers des yeux humains et voyait tous les objets et toutes les créatures comme lui-même et connaissait chaque pensée et chaque mot comme sa propre voix. Là, l'union est trop intégrale pour la quête et l'étreinte, et l'amour est une aspiration de l'Un pour l'Un, et la beauté est une subtile différence dans le Semblable, et l'unité est l'âme de la multitude. Là, toute les vérités se rapportent à une vérité unique et toutes les idées rejoignent la Réalité. Là, se connaissant elle-même par son propre moi inconditionnel, la Sagesse suprême, muette, absolue se tenait sans compagnie dans le Calme éternel, omnivoyante, immobile, souveraine et seule. Là, la connaissance n'a pas besoin de mots pour incarner l'Idée, et l'Idée en quête d'un logis dans l'infini, lasse de son immortalité vagabonde, ne demande pas à s'installer dans la cellule artificielle et tape-à-l'oeil du mental dont l'unique fenêtre ne donne qu'une vue tronquée des choses sur un petit secteur du vaste ciel de Dieu. Là, l'illimité côtoie l'illimité ; lorsqu’on se trouve là, on devient plus vaste que le monde ; lorsqu’on se trouve là, on est son propre infini.
Son centre n'était plus dans le mental terrestre, ses membres débordaient d'un pouvoir de silence visionnaire : emporté par une blanche épiphanie muette dans une vision qui dépasse les formes, dans une vie qui surpasse la vie, il s'approcha de la conscience tranquille qui supporte tout. La voix qui ne peut mouvoir le mental qu'au moyen de la parole devenait une silencieuse connaissance dans l'âme ; la force qui ne sent sa vérité que dans l'action était maintenant installée dans une paix omnipotente et muette. Relaxation du labeur des mondes, une pause dans la joie et l'angoisse de la quête restaurait le calme de Dieu dans la Nature inquiète. Un consensus absolu mettait fin au débat de la vie. La guerre des pensées qui engendra l'univers, le fracas des forces qui luttent pour régner — autant dans l'effondrement prodigieux qui allume une étoile que dans l'élaboration d'un grain de poussière — les sillons qui décrivent leur orbite mécanique dans l'espace, labourés par la quête des désirs du monde, les longues réhabilitations des déluges du Temps, les tourments associés à la force laide de luxure qui éveille des énergies dans la fange lourde de la Terre et sculpte une personnalité de boue, l'angoisse dont se nourrit la Nature affamée, l'oestrus qui crée dans les feux de la douleur, le destin qui se sert de la défaite pour punir la vertu, la tragédie qui détruit un long bonheur, les pleurs de l'Amour, la querelle des Dieux, tout cela cessa dans une vérité qui vit dans sa propre lumière.

Son âme se trouvait libre, témoin et reine.
Ayant cessé d'être submergé par cette marée de chaque instant où le mental ne cesse de dériver ainsi qu'un radeau ballotté de phénomène en phénomène, il avait trouvé sa demeure, en paix dans le Temps indivisible.
Comme en un scénario écrit de longue date qui se réaliserait maintenant, dans son présent il tenait son futur et son passé, dans les secondes il pouvait sentir les ans innombrables et il voyait les heures ainsi que des points sur une page. Un aspect de la Réalité inconnue altérait le sens de la scène cosmique. Cet énorme univers matériel n'était plus que le résultat insignifiant d'une force fabuleuse : dépassant l'instant, le Rayon éternel illumina Cela qui n'avait encore jamais été fait. La pensée capitula dans un puissant silence ; le Penseur affairé s'ouvrit et se fit tranquille, la Sagesse transcendante caressa son coeur palpitant : son âme pouvait croiser au-delà de la barre lumineuse de la pensée ; le mental avait cessé de filtrer l'infini sans rivages. Par-delà un ciel vide qui se retirait, dans les dernières lueurs d’une dérive d'étoiles se dissipant, il eut un aperçu des royaumes supraconscients de la Paix immuable, où les opinions n'ont plus cours et le verbe est muet, où l'Inconcevable se tient sans chemin prescrit, seul.

Là, ne parvenaient ni forme ni éclat de voix, là ne se trouvaient que le Silence et l'Absolu. Et de cette tranquillité naquit un mental nouveau-né qui s'éveilla à des vérités auparavant inconcevables, et des formes apparurent, pleines d'une muette signification, une pensée visionnaire, une voix qui est sa propre révélation. Il connût la source d'où venait son esprit : le Mouvement se mariait aux Immensités immobiles ; il plongea ses racines dans l'Infini, il fonda sa vie sur l'Eternité.
Au début, ces états divins, ces formidables élans maintenus en suspens, ne pouvaient durer qu'un moment. Cette tension forte et lumineuse se fragmente trop tôt, et avec elle la tranquillité de pierre du corps et la transe placide du vital, et le calme et la force contenus du silence mental ; ou bien graduellement ils se dissolvent ainsi que prend fin un jour doré. Les contingents inférieurs, impatients, se fatiguent de la paix ; une nostalgie des bonnes vieilles occupations et joies, le besoin de rappeler la petite personnalité bien familière, de battre les chemins habituels bien que vulgaires, le besoin de se reposer dans un équilibre naturel de décadence, ainsi qu'un enfant qui apprend à marcher et ne peut aller bien loin, remplacent la volonté colossale indispensable à une ascension ininterrompue, et sur l'autel du coeur tempèrent le feu sacré. La traction bien connue des cordes du subconscient se fait insistante ; elle tire l'esprit récalcitrant de ses hauteurs, et une gravitation de routines nous traîne vers le bas jusqu'à l'inertie aveugle de notre base.
Mais cela aussi le suprême Diplomate peut l'utiliser, faisant de notre chute un moyen de s'élever plus haut. Car jusque dans le champ agité de la Nature ignorante, jusque dans le chaos désorganisé de la vie mortelle, le Pouvoir sans forme, le Moi de Lumière éternel suit dans l'ombre de l'esprit sa descente ; la dualité jumelle, éternellement une, choisit de demeurer au milieu du tumulte des sens. Il vient sans être vu dans nos parties les plus sombres et, voilé par l'obscurité il fait son travail — hôte et guide, subtil et compétent — jusqu'à ce qu'elles aussi ressentent le besoin et la volonté de changer. Tout ce qui se trouve là doit apprendre à obéir à une loi supérieure, les cellules de notre corps doivent apprendre à contenir la flamme de l'Immortel. Sinon l'esprit atteindrait seul sa source, laissant derrière à son destin précaire, un monde sauvé à moitié. La Nature besognerait pour toujours sans espoir de rédemption ; notre Terre ne cesserait d'orbiter sans secours dans l'espace, et la raison d'être de cette immense Création tournerait à la faillite jusqu'à ce que finalement cet univers frustré sombre sans s'être réalisé.

Même sa force égale à celle d'un dieu doit échouer pour s'élever ; sa conscience supérieure se retirait en arrière plan : frustrée et diminuée, son humanité extérieure devait lutter pour sentir à nouveau ces anciens moments sublimes, ramener le précieux contact salvateur, la flamme éthérée, rappeler à son besoin cruel la Force divine. Chaque fois le pouvoir se déversait à nouveau ainsi qu'une pluie subite, ou alors une présence grandissait doucement dans sa poitrine. C'est cela qui le hissait à ces sommets dont il gardait la mémoire ou le ramenait planant au-dessus du pic dont il était tombé. Chaque fois qu'il se relevait l'équilibre se faisait plus stable, dans une demeure située sur un plan spirituel plus élevé ; la lumière s'installait en lui pour une durée plus longue.
Au cours de cette alternance entre la Terre et le Ciel, dans cette ascension vers une communion ineffable, grandissait en lui, comme les phases d'une nouvelle lune, la gloire de l'intégration de son âme. L'union du Réel avec l'unique, le regard du Solitaire dans chaque visage, la Présence de l'Eternel dans les heures élargissant le point de vue limité sur les affaires du mental mortel, comblant le gouffre entre la force de l'homme et le Destin, voilà ce qui donne sa plénitude à l'être fragmentaire que nous sommes ici-bas. Finalement un solide équilibre spirituel fût gagné, une niche stable dans le royaume de l'Eternel, un lieu sûr dans le Silence et le Rayon, une colonie dans l'Immuable. Les sommets de son être vivaient dans la tranquillité du Moi ; son mental pouvait s'appuyer sur un terrain divin et poser son regard sur la magie du jeu où l'enfant Dieu repose sur le sein de la Nuit et de l'Aurore, et où l'Eternel porte le déguisement du Temps.

Son esprit égal avait accepté d'embrasser les sommets tranquilles tout autant que les abîmes troubles : une sérénité équilibrée de force tranquille, un regard global et assuré sur les convulsions du Temps lui permettaient de faire face à toutes les expériences dans une paix inaltérable. Indifférent à la douleur autant qu'au plaisir, non tenté par l'appel de l'exotique, immobile il se trouvait témoin du flot des événements, calme et à part il supportait tout ce qu'il y a : la tranquillité de son esprit était une aide pour le monde en lutte.

Inspirée par le silence et une vision de derrière des paupières closes, sa force éclairée était à même de travailler avec une finesse nouvelle sur la matière grossière dont tout est fait, sur la résistance du volume d'Inertie et le front gris de l'Ignorance du monde et la Matière inculte et l'énorme erreur de la vie. Ainsi qu'un sculpteur ciselant une déesse dans la pierre, petit à petit il retirait l'enveloppe sombre, cette ligne de défense de la Nature ignorante, cette illusion et ce mystère de l'Inconscient, ce linceul macabre dans lequel l’Eternel enveloppe sa tête de façon à agir incognito dans le Temps cosmique. Produit d’un splendide pouvoir de création autonome venu des sommets, et d’une transfiguration s’opérant dans les profondeurs mystiques, un fonctionnement cosmique plus juste pouvait débuter et façonner en lui la forme nouvelle du monde — Dieu trouvé dans la Nature, la Nature accomplie en Dieu.

Déjà l'on pouvait voir en lui les résultats de ce Pouvoir : le vital avait établi sa demeure sur les sommets du moi ; son âme, son mental, son coeur devinrent un astre unique ; seuls les confins les plus inférieurs du vital demeuraient troubles. Mais là aussi, dans l'ombre vacillante de la vie, un souffle enflammé faisait son travail ; l'énigmatique puissance céleste agissait, encapuchonnée, sous le regard à jamais paisible du Témoin intérieur. Même sur la Nature inférieure laissée à ses efforts, d'impressionnantes périodes d'illumination survenaient : des éclairs de gloire l'un après l'autre frappaient, l'expérience était une saga d'embrasements et de feux, l'air vibrait autour des riches galions des Dieux, d'étranges trésors venus de l'Invisible naviguaient à sa rencontre ; des intuitions splendides remplissaient les blancs de la pensée, la connaissance s'adressait aux espaces tranquilles de l'Inconscient, des rivières de félicité et de force lumineuse se déversaient, des visitations de beauté, des tempêtes de béatitude, se mirent à pleuvoir du haut de ce Mystère tout puissant.
Dès lors se penchèrent sur lui les aigles de l'Omniscience. Un voile épais avait été déchiré, un puissant murmure se fit entendre ; se répétant dans le privé de son âme, un cri de sagesse venu de lieux transcendants et ineffables résonna sur les montagnes d'un monde invisible ; des voix qui peuvent être entendues par un sens de l'ouïe intérieur lui firent parvenir leurs messages prophétiques ; parmi les projections d'un Verbe immortel cerné de flammes, les éclats d'une Lumière révélatrice et occulte vinrent à sa rencontre, s'exposant hors de leurs domaines secrets et inaccessibles. Une Connaissance inspirée, dont chaque seconde illuminait plus d'une année de raison, s'installa sur son trône intérieur : une lance de lumière révélatrice s'abattit comme un accent aigu sur la Vérité, et ainsi qu'une fusée incendiaire qui révèle l'ensemble du terrain, un discernement vif et intuitif rayonnait. Un coup d'oeil suffisait pour séparer le vrai du faux et brandir immédiatement une torche dans l'obscurité afin de contrôler les prétendants qui se bousculent aux portes du mental, munis des signatures contrefaites des dieux, et détecter la fiancée magique sous son déguisement, ou bien scanner l'apparence superficielle de l'intellect et du vital.
Bien souvent l'Inspiration sur ses pieds rapides comme l'éclair, messagère soudaine venue des plans supérieurs de vision globale, franchissait les corridors silencieux de son mental apportant son intuition rythmique des choses cachées. Une musique chantait, transcendant le discours mortel. Comme versés d'une fiole d'or contenant la Félicité intégrale, une joie de lumière, une joie de vision instantanée, un ravissement émouvant du Verbe immortel emplirent la coupe vide de son coeur, renaissance du premier bonheur de Dieu se recréant dans un Temps jeune et vierge. Saisie dans un bref moment, un espace restreint, la Connaissance globale concentrée en grandes pensées sans mots mit en place dans la tranquillité expectative de ses profondeurs un cristal de l'ultime Absolu, portion de la Vérité inexprimable révélée par le Silence dans le silence de l'âme.
Dans la tranquillité de son être cette Créatrice passionnée faisait son travail ; son pouvoir dépourvu de l'expression du langage grandissait plus intime ; elle voyait le visible et l'imprévisible, débarrassait du doute les domaines dont elle avait fait son champ d'action naturel. La vision totale se concentra en un rayon unique, de même que lorsque le regard se fixe sur un symbole invisible jusqu'à ce qu'à travers l'intensité d'un seul point lumineux une apocalypse d'un monde d'images se précipite dans le royaume du voyant.
Un splendide bras nu se leva soudain qui déchira le voile opaque de l'Ignorance : le bout de son doigt dressé, étonnamment volontaire, comme un glaive de flamme révéla l'Au-delà interdit. L'oeil éveillé sur des hauteurs de transe muette, le mental prêt à glaner une récolte de l'Inimaginable, d'un seul bond périlleux franchissant le haut mur noir qui dissimule le supraconscient, elle fit irruption avec en guise de serpe le discours inspiré, et pilla la vaste propriété de l'Inconnaissable. Collectionneuse de minuscules grains de Vérité, relieuse d'innombrables rapports d'expériences, elle perçait les mystères bien gardés de la Force du Monde et révélait ses méthodes magiques enveloppées dans un millier de voiles ; ou alors elle rassemblait les anciens secrets perdus par le Temps dans la poussière et les crevasses de son chemin escarpé, fouillant parmi les vieux rêves déshérités d'un mental pressé et les vestiges enterrés d'un espace oublié. Voyageuse entre les sommets et les abîmes, elle assurait la liaison entre les distants extrêmes, les gouffres sans fond, ou alors elle parcourait les routes du Ciel et de l'Enfer à la poursuite d'une connaissance complète avec la persistance d'un limier sur une piste. Reporter et scribe de secrètes conférences de sagesse, ses brillants rapports de discours célestes approuvés par le bureau ultra-secret du mental occulte, une fois transmis donnaient au prophète et au voyant la consistance inspirée de la Vérité mystique. Clerc de l'enquête des dieux, porte-parole des intentions silencieuses du Suprême, elle mettait les mots immortels à la portée des hommes mortels.

Par delà la courbe élancée de la raison brillante, libérés dans une atmosphère irisée occultant la lune, de vastes espaces d'une vision sans ligne de démarcation ni limites flottaient dans le champ de connaissance de son esprit. Des océans d'existence vinrent à la rencontre de son âme vagabonde, l'appelant à la découverte ininterrompue ; des domaines éternels de joie et de pouvoir absolu s'étiraient dans un environnement de paix éternelle ; les chemins qui mènent au bonheur sans fin serpentaient comme des sourires de rêve à travers des immensités songeuses : révélées dans l'éclat d'un moment doré s'exposaient de blanches steppes solaires dans un Infini vierge. Le long d'une courbe nue dans le Moi sans bornes, les promontoires qui pénètrent dans le coeur clos des choses masquaient la ligne floue qui guide l'Eternel dans le cours du Temps. L'ordre magique du Mental cosmique, forçant sur la liberté de l'infini un réseau dense de faits symboliques appartenant à la Nature, et de sémaphores contrôlant chaque événement de la vie, transmuait en lois les récurrences du hasard, en un univers ce chaos d'allégories. Emergeant de la richesse merveilleuse et des tourbillons sophistiqués de la danse de l'Esprit qui porte le masque de la Matière, l'équilibre dans le dessein du monde se dévoila peu à peu, avec la symétrie des effets qu'il arrange lui-même dans la perspective profonde de l'âme, avec le réalisme de son art élusif, la logique d'une intelligence infinie, la magie d'une éternité fluide.
Un aperçu était saisi de choses qui demeureront à jamais inconnues : le Mot inaltérable révéla quelques-unes de ses lettres. De l'Origine immuable qui ne porte pas de nom l'on vit émerger comme d’un océan profond, le sillage des Idées qui firent le monde, et puis, semée dans la terre noire de la transe de la Nature, la graine du désir énorme et aveugle de l'Esprit engendra l'arbre du cosmos qui étirait ses branches magiques dans l'infini d'un songe d’espace. Des réalités formidables prirent forme : là, dans l'ombre de l'Inconnu veillait l'Entité anonyme et désincarnée qui fut témoin de la naissance de Dieu et tente d'obtenir à l'aide du mental mortel et de l'âme, un corps impérissable et un nom divin. Les lèvres immobiles, les grandes ailes surréalistes, le visage masqué par un Sommeil supraconscient, les yeux aux paupières closes qui voient toute chose, apparurent, de l'Architecte qui bâtit dans sa transe. Le Désir originel, né du Néant jeta un oeil vers l'extérieur ; il vit l'espoir qui ne prend jamais de repos, les pieds qui courent dans la foulée d'un Destin versatile, la signification ineffable du rêve éternel.
Ainsi qu'une torche brandie au nom du pouvoir de Dieu, le monde radieux de la Vérité éternelle scintillait comme une étoile lointaine sur la frontière de la nuit, surplombant les crêtes tremblantes d'un Surmental doré. Il était même possible de saisir derrière un voile subtil le sourire de l'amour qui arbitre ce jeu sans fin, l'indulgence tranquille et le sein maternel de la Sagesse qui allaite l'enfant gai du Hasard, nourrice silencieuse du pouvoir du Tout-puissant, et la paix qui porte la connaissance universelle, matrice du Verbe immortel, et le visage tranquille et contemplatif de l'Infini, et l'oeil créatif de l'Eternité.
La Déesse inspiratrice prit place dans une poitrine mortelle, en fit un cabinet d'études pour sa pensée clairvoyante, un sanctuaire de paroles prophétiques et elle s'assit sur le trépied du mental : tout s'élargissait en haut, tout s'éclairait en bas. Dans le noyau de l'Ombre elle creusait des puits de lumière, imposait une discipline sur les profondeurs inexplorées, prêtait un cri vibrant aux immensités secrètes, et le long de vastes étendues sans rivages, ni étoiles, ni sons, portait vers la Terre des fragments de pensée révélatrice dérobés au silence de l'Ineffable. Une voix dans le coeur murmura le Nom jamais prononcé, un rêve de pensée en quête, errant de par l'espace, entra dans la maison invisible et interdite : ainsi fut découvert le trésor d'un Jour prodigieux.
Dans le subconscient profond luisait sa lampe ornée de joyaux ; lorsqu'on la levait elle révélait les richesses de cette Caverne qui, non utilisées par les trafiquants avares que sont les sens et gardées sous les griffes du dragon de la Nuit, dorment drapées dans les plis d'un velours noir, avec leur valeur inestimable qui aurait pu racheter le monde. Une obscurité qui portait l'aube dans son sein, espérant le retour d'une lumière épanouie et éternelle, attendait l'avènement d'un rayon plus large et la rédemption des troupeaux solaires égarés. Dans cette extravagance splendide du gaspillage de Dieu, laissés n'importe où sur le chantier prodigue de la création, abandonnés dans les entrepôts d'un monde sans fond et pillés par les brigands des Abysses, les trésors dorés de l'Eternel reposent, entassés à l'abri du contact, de la vue et de la cupidité du mental, cadenassés dans les antres aveugles d'une crue inculte, de peur que l'homme ne les trouve et devienne l'égal des dieux.
Une vision s'embrasa sur les hauteurs invisibles, une sagesse illumina les abîmes muets ; une interprétation plus profonde mit la Vérité sur un autre niveau dans un grand renversement de la Nuit et du Jour : toutes les valeurs du monde changèrent, rehaussant le but de la vie ; une parole plus sage, une pensée plus vaste que ce qui peut être apporté par le travail laborieux du mental prirent pied, une perception secrète s'éveilla, qui pouvait saisir une Présence et une Grandeur partout. L'Univers n'était plus maintenant ce tourbillon insensé, forcé dans sa ronde glaciale par une énorme machine ; il avait laissé derrière sa formidable façade inhospitalière, il n'était plus un mécanisme ou un fonctionnement du Hasard, mais au contraire un vivant mouvement du corps de Dieu. Un esprit caché dans les formes et les forces était le spectateur d'une scène fluide ; la beauté et le miracle ininterrompus s'exprimaient dans la splendeur du Non-manifesté : l'Eternel sans forme s'installa en lui à la recherche de sa propre forme parfaite dans les âmes et les créatures. La vie avait perdu sa mine ennuyeuse et absurde.
Dans le conflit et le soulèvement du monde il vit le labeur correspondant à la naissance d'une divinité : une connaissance secrète portait le masque de l'Ignorance ; le Destin recouvrait d'une nécessité invisible le jeu de hasard d'une Volonté omnipotente. Accompagné de sa gloire, de son enchantement et de son charme, sans qu'on le sache, le Seigneur de Béatitude se tenait dans le coeur ; les douleurs de la Terre n'étaient que la rançon de son bonheur emprisonné.
Une joyeuse communion agrémentait le passage des heures ; les jours étaient des voyageurs sur une route destinée, les nuits se faisaient complices des muses de son esprit. Une énergie céleste accélérait le rythme de sa respiration ; le calvaire du temps se transforma en une marche splendide ; le Gnome divinisé dominait des mondes à conquérir, la Terre se faisait trop étroite pour sa victoire.
Auparavant ne sachant qu'endurer le piétinement impitoyable d'un Pouvoir aveugle sur la petitesse humaine, la vie était devenue une approche sûre de Dieu, l'existence, une expérience divine et le cosmos un lieu d'opportunisme pour l'âme. Le monde devint conception et naissance de l'Esprit dans la Matière, aboutissant dans les formes vivantes, et la Nature décida de porter l'Immortel dans sa matrice, de façon à ce qu'elle puisse à travers lui se hisser à la vie éternelle.
Son être se rendit à cette paix lumineuse et immobile, et baigna dans des puits de pure lumière spirituelle ; il flâna parmi de vastes champs de sagesse du moi, éclairés par les rayons d'un soleil éternel. Même le moi intérieur et subtil de son corps était capable d'élever ses membres terrestres vers de plus hautes motivations et de sentir sur lui le souffle d'un air céleste. Déjà il avait entamé son voyage vers le divin : flottant sur des vents de joie aux ailes rapides, mis en face d'une Lumière qu'il ne pouvait pas toujours tolérer, il se dissocia d'un mental trop distant de la Vérité suprême et se débarrassa de l'incapacité du vital à contenir la félicité. Tout ce qui auparavant était réprimé en lui-même commença d'émerger.
Ainsi eut lieu la libération de son âme vis à vis de l'Ignorance, la transformation spirituelle primordiale de son mental et de son corps. Une vaste connaissance issue de Dieu se déversait d'en haut, une nouvelle connaissance à l'échelle du monde s'élargissait de l'intérieur : ses pensées quotidiennes étaient orientées vers le Vrai et l'Un, ses actes les plus ordinaires trouvaient leur source dans une Lumière intérieure. Conscient des lignes directrices que la Nature dissimule, en accord avec ses mouvements qui dépassent notre entendement, il s'identifia à cet univers occulte. Dans sa poigne il saisit par surprise la source des énergies les plus puissantes ; il conversa avec les Gardiens anonymes des mondes, il discerna des formes que nos yeux de mortels ne peuvent voir. Ses yeux grand ouverts donnèrent corps à des entités invisibles, il vit les forces cosmiques à l'oeuvre et perçut l'impulsion occulte derrière la volonté de l'homme. Pour lui les secrets du Temps étaient un livre qu'il connaissait par coeur ; les archives du futur et du passé soulignaient leurs grandes lignes sur les pages de l'éther. De par l'habileté de son Créateur, unifiés et dans l'harmonie, l'humain en lui allait de pair avec le divin. Ses actes ne trahissaient pas la flamme intérieure. Voilà ce qui forgeait la noblesse de sa façade vis à vis de la Terre. Dans les cellules de son corps s'éleva un génie qui connaissait le sens de ses travaux limités par le destin, familier avec l'allure des Pouvoirs non réalisés dans les immensités de l'esprit, au-delà de l'arche de la vie.
A part, il vivait dans la solitude de son mental, demi-dieu donnant forme à la vie des hommes : l'ambition d'une seule âme pouvait relever la race ; un pouvoir était à l'oeuvre mais personne ne connaissait son origine. Les forces de l'univers étaient liées à sa force ; de leur volume infini emplissant la petitesse de la Terre, il tirait des énergies qui transmuent un âge. Au regard ordinaire impossibles à évaluer, il fit de ses rêves grandioses un moule pour les choses à venir et jeta ses exploits comme du bronze pour confronter les ans.
Sa marche dans le Temps effaçait les enjambées de l'homme.
Ses jours de solitude resplendissaient comme ceux du soleil.

SAVITRI- Chant 3- Sri AUROBINDOSee More


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MessagePosté le: Lun 11 Nov - 19:22 (2013)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun 11 Nov - 19:23 (2013)    Sujet du message: SAVITRI- Chant 3- Répondre en citant

voila le texte du chant 3 en entier 


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M'Uriel
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MessagePosté le: Mar 12 Nov - 13:37 (2013)    Sujet du message: SAVITRI- Chant 3- Répondre en citant

Merci adorable soeur d'amour,je vais le faire en plusieurs fois hein,du mal a fixer mon attention si longtemps!


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:03 (2018)    Sujet du message: SAVITRI- Chant 3-

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